Lamark pensait qu'un être vivant pouvait changer en s'adaptant à son milieu. Expl. : un oiseau au bec fin aurait développé progressivement un bec plus costaud au fur et à mesure des générations pour s'adapter à des graines plus dures.
Pour suivre le même exemple, Darwin pensait que, dans les populations d'oiseau à bec fin, certains avaient un bec plus dur, par les hasards de la génétique (qu'il ne connaissait pas d'ailleurs), et que c'étaient ceux ci et leurs descendants qui subsistaient pendant que les autres périclitaient.
Le résultat est le même, des populations nouvelles d'oiseaux à bec dur, mais c'est Darwin qui avait raison. Ses observations poussées, sur les oiseaux justement, lui ont montré que, sur certaines îles, les populations d'oiseaux n'évoluaient pas et qu'il n'existait qu'une faible proportion d'oiseaux "modifiés" alors que sur d'autres îles, où la nourriture et les conditions étaient différentes, c'était l'inverse : les oiseaux "modifiés" étaient les plus nombreux. Il s'agissait pourtant de la même espèce.
Pour ce qui me concerne, je m'intéresse aux adaptations des végétaux aux conditions montagnardes, en particulier le genévrier. Le genévrier nain ne présente que de faibles variations par rapport à son grand frère le genévrier commun... sauf qu'il est couché ! Or, le genévrier nain reste nain et engendre des populations de genévriers nains. Je suis tenté de prélever un genévrier nain et de le replanter dans de meilleures conditions pour voir s'il pousse mieux et s'il a tendance ou non à se redresser avec le temps.
Les dernières expériences en matière génétique tendent à démontrer qu'un stress intense modifie irrémédiablement la structure chromosomique. Les expériences sur des souris l'ont démontré sans conteste. Actuellement, on tente de démontrer également que la descendance est aussi touchée et présente les mêmes modifications chromosomiques.
Suite au 11 septembre 2001, une étude sur des femmes enceintes au moment de l'évènement a révélé un stress post traumatique par une baisse constatée du taux de cortisol sanguin. Le plus intéressant est que les bébés de ces mêmes femmes se sont révélés détenir eux aussi un taux de cortisol inférieur à la normale.
D'autres expériences montrent sur les humains qu'un stress répété ou permanent, ou une succession de stress différents, affectent inexorablement les télomères de nos chromosomes. Les télomères, lorsqu'ils raccourcissent, accélèrent le vieillissement de l'individu en empêchant le renouvellement cellulaire. A l'inverse, l'enzime réparatrice, la télomérase, agissant en trop grande quantité, provoquerait le développement anarchique de certaines cellules, entraînant ainsi des cancers.
Il ne s'agit plus là de hasards de la génétique mais bel et bien d'une action définitivement "transformante" du milieu, non pas par la sélection naturelle mais par une influence directe sur la génétique. Pour en revenir à mes genévriers, la masse et la reptation de la neige couchent littéralement les végétaux, agissant comme un stress permanent et répété.
L'évolution des espèces pourrait donc bien être due à plusieurs phénomènes pris isolément ou à l'addition de ces phénomènes. Comme le pensait Darwin, les hasards de la génétique ont pu favoriser certaines variations physiologiques plus adaptées à certains milieux. Cependant, le milieu lui même peut agir directement sur un individu ou une population en provoquant des transformations chromosomiques plus ou moins transmissibles. __________
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